Commémoration de la bravoure de la division marocaine les 9, 10 et 11 mai 1915
Ce week-end, nous avons rendu hommage à la division marocaine, grande oubliée de la bataille de l’Artois.
Vous ne connaissez pas cette histoire ? C’est normal, quasiment personne n’en parle.
Et si Jamel Oufqir, Brahim Koujane et Samir El Abbaoui, trois élus écologistes membres de l’association des élus franco-marocains des Hauts-de-France avec qui je milite depuis 15 ans, cela continuerai.
Mais depuis 2 ans, ils ont décidé de faire ce que l’Etat ne faisait pas : organiser tous les 9 mai un grand rassemblement à Vimy pour rendre hommage aux morts de cette offensive héroïque à laquelle nous devons beaucoup.
On vous raconte !
La crête de Vimy A 10km de chez moi : entre Lens et Arras. C’est là que c’est concentré en partie, pendant la 1ère guerre mondiale, « la guerre de position » entre les Allemands d’un côté; les Français, anglais et canadiens de l’autre. Il s’agissait notamment selon que l’on parle de la France ou de l’Allemagne de protéger ou de s’emparer des précieuses mines de charbon. Mais aussi de dominercette crête de sept kilomètres, lourdement fortifiée, offrant une vue imprenable sur les lignes alliées.
Les différentes batailles qui se succédèrent furent sanglantes. Environ 43 000 combattants reposent d’ailleurs sur place à la Nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, la plus grande nécropole française.
Alors que les tranchées s’y creusent dès 1915, ce n’est qu’en avril 1917 que le Corps canadien reçoit l'ordre de s'emparer de la crête de Vimy sur un territoire ou sont déjà tombés plus de 100 000 hommes depuis le début du conflit. C’est eux qui viendront à bout des forces allemandes et c’est la raison pour laquelle à cet endroit précis demeurent depuis 1922 107 hectares de territoire canadien, cédés par la France en 1922 en reconnaissance du sacrifice de ses alliés d'outre-Atlantique.
Mais la partie de l’histoire que l’on évoque trop rarement, c’est l’offensive des 9, 10 et 11 mai 1915, au cours de laquelle la division marocaine fut la 1ère à percer les lignes ennemies.
Sur décision du général Joffre, le 9 mai 1915, le 7e Tirailleurs algériens et le 1er régiment étranger se sont emparés de la cote 140, leur objectif, percent les lignes allemandes jusqu'à Givenchy.
Ils ont malheureusement rapidement manqué de munitions et les renforts demandés ne sont jamais venus, les forçant à se replier. Durant ces 3 journées, le 7e Tirailleurs algériens a perdu 50 officiers et 1 937 sous-officiers et tirailleurs. Avec le 1er Régiment étranger, ils sont cités à l'ordre de l'armée pour leurs faits d'armes.
C'est leur incroyable courage que l'on a commémoré ce week-end sur la crête de Vimy près du mémorial canadien.
Leur mémoire survit grâce à celles et ceux qui racontent leur histoire, comme Brahim, Jamel et Samir. A nous de faire en sorte, avec eux, que leur sacrifice ne tombe jamais dans l'oubli.
Avec Alexandre Cousin, l’autre Conseiller régional écologiste du Pas de Calais, nous allons d’ailleurs écrire au Président de la région nord pas de calais Xavier Bertrand pour qu’il rénove le monument érigé il y a plus d’un siècle en hommage à la division marocaine et dont certaines lettres ont disparu. Un fond est prévu pour cela, il faut le mobiliser.
En attendant, nous continuerons, avec vous, si vous le voulez bien, a garder vivante l’histoire de la bravoure de celles et ceux qui n’avaient pas choisi d’être français mais sont mortes pour que nous puissions le rester.
TEXTE LU PAR JAMEL OUFQIR
Hommage à la Division Marocaine — Vimy, 9 mai
Madame la Sous-Préfète,
Madame la Sénatrice,
Monsieur le Consul du Royaume du Maroc,
Mesdames et Messieurs les Conseillers Régionaux,
Mesdames et Messieurs les Maires et élus,
Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,
Membres des associations patriotiques et mémorielles,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,
Le 9 mai 1915, à l'aube, des milliers d'hommes ont quitté leurs tranchées.
Ils n'avaient pas demandé la guerre. Ils ne connaissaient pas cette terre d'Artois, ses ciels lourds, ses champs retournés par les obus. Beaucoup d'entre eux n'avaient jamais vu la neige.
Et pourtant, ils y sont allés.
Ils y sont allés parce qu'on leur avait dit que c'était juste. Parce qu'ils portaient un uniforme, une mission, une fierté. Parce que la France et le Maroc, liés depuis des décennies, marchaient côte à côte dans l'épreuve la plus terrible que l'humanité eût connue.
Ces hommes, c'était la Division Marocaine. Et ce que la Division Marocaine a accompli ici, à Vimy, ce 9 mai 1915, dépasse l'entendement militaire. Elle a percé le front allemand. Elle a atteint des objectifs que personne n'avait osé fixer. Elle a tenu sous les contre-attaques, sous les gaz, sous la mort qui tombait de partout.
Mais la Division Marocaine n'a pas été relevée à temps. Elle a tenu seule. Et ses pertes ont été effroyables.
« Jamais troupes n'ont montré plus de bravoure, plus d'entrain, plus de mépris de la mort. » — Général de Castelnau, mai 1915
Qui étaient ces soldats ?
Ils étaient marocains, algériens, tunisiens, sénégalais, légionnaires venus des quatre coins du monde. Ils étaient des paysans, des artisans, des nomades, des hommes simples que la guerre avait arrachés à leurs familles, à leurs terres, à leurs vies.
Des engagés volontaires qui avaient choisi de se battre pour un pays qui n'était pas le leur , mais auquel ils avaient décidé de faire confiance. Ce choix-là, ce choix du sacrifice librement consenti, force le respect pour l'éternité.
Aujourd'hui, leurs noms sont gravés dans la pierre. Certains reposent ici même, dans la terre de France qu'ils sont venus défendre. D'autres n'ont pas de tombe connue. Leurs corps sont restés dans la boue de Vimy.
Mais ils ont une tombe dans notre mémoire. Et tant que nous serons là pour nous souvenir, ils ne mourront pas vraiment.
On pourrait se demander pourquoi, en 2026, nous revenons encore ici.
Certains diront que c'est du passé. Que les guerres sont finies. Que le monde a changé.
Je leur réponds : non.
Nous sommes là parce que la mémoire n'est pas un luxe. La mémoire est une nécessité morale. Elle est le fondement sur lequel repose la paix. Elle est le rempart contre la barbarie qui, dans l'Histoire, ne survient jamais par hasard — elle survient quand les hommes ont oublié.
Nous sommes là aussi pour dire quelque chose d'essentiel : que le sacrifice des soldats marocains n'a pas été un accident de l'histoire. Il est le symbole d'une fraternité entre la France et le Maroc, une fraternité bâtie non pas sur les discours, mais sur le sang, sur la boue, sur les tranchées partagées.
Et cette fraternité, nous en sommes les héritiers. Nous en sommes les gardiens.
« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » — Winston Churchill
C'est pour cela qu'existe l'Association Franco-Marocaine des élus Haut de France.
Notre mission n'est pas de ressasser le passé. Notre mission est de faire vivre ce passé — de le transmettre aux jeunes générations, de l'inscrire dans les mémoires, de l'honorer à travers des cérémonies comme celle-ci.
Chaque année, nous revenons ici. Chaque année, nous prononçons des noms.. Et chaque année, je mesure combien cet acte est important — non pour nous, qui savons déjà — mais pour ceux qui arrivent, qui découvrent, qui apprennent.
Ici même, dans ce bassin minier du Pas-de-Calais, une autre épopée silencieuse s’est écrite. Après la guerre, des milliers de Marocains sont descendus dans les entrailles de la terre.
Des gueules noires venues de l’Atlas. Même courage. Même dignité. Même sacrifice.
Dans les tranchées, ils donnaient leur vie.
Dans les mines, ils donnaient leur santé.
Toujours debout. Toujours fiers. Toujours fidèles.
Aujourd’hui, ce sang et cette sueur mêlés sur la même terre nous parlent avec force :
La France et le Maroc ne sont pas seulement liés par l’Histoire.
Ils sont frères de sang, frères de sueur, frères de cœur.
Je veux remercier chaleureusement Madame la Sous-Préfète, Madame la Sénatrice, et l'ensemble des élus présents aujourd'hui. Votre présence ici n'est pas un protocole. Elle est un engagement. Elle signifie que la République se souvient.
Je veux saluer tout particulièrement Monsieur le Consul du Royaume du Maroc. Sa présence est la preuve vivante que le lien entre nos deux pays, forgé dans la douleur de 1915, reste aujourd'hui solide, vivant, et porteur d'avenir.
TEXTE LU PAR BRAHIM KOUJANE
Texte Historique – La Division Marocaine à la Crête de Vimy
Mesdames et Messieurs,
En ce mois de mai 1915, la Première Guerre mondiale ravage l’Europe. Sur le front occidental, les armées françaises tentent de briser les lignes allemandes.
C’est dans ce contexte que la Division Marocaine, unité d’élite de l’Armée d’Afrique, est engagée dans la Deuxième Bataille d’Artois.
Composée de tirailleurs marocains venus des montagnes de l’Atlas, du Rif et des oasis, ces hommes s’élancent à l’assaut de la Crête de Vimy le 9 mai 1915.
Sous un déluge de feu, ils réalisent un exploit exceptionnel : ils percent les lignes ennemies sur plus de 4 kilomètres et atteignent la cote 140, le point culminant de la crête. Leur courage fut tel que les généraux déclarèrent : « Les Marocains ont fait des prodiges ».
Au prix de lourds sacrifices, ces soldats ont versé leur sang sur cette terre de France, loin de leur patrie, pour défendre la liberté.
Aujourd’hui, leur mémoire nous interpelle avec force. Elle nous rappelle que le courage et la fraternité peuvent triompher de la barbarie. Face à la haine qui renaît trop souvent dans notre monde, face aux divisions et aux extrémismes, le sacrifice de ces hommes nous enseigne une leçon éternelle : nous devons nous unir contre la haine.
Leur sang mêlé sur ce champ de bataille nous appelle à rejeter toute forme de racisme, de discrimination et de violence, et à défendre ensemble les valeurs de respect, de dialogue et de paix entre les peuples.
Honneur et gloire à la Division Marocaine !
Vive l’amitié franco-marocaine !