Retour de Cannes : Vincent Bolloré veut réduire au silence le cinéma français

Dans une tribune très courageuse, 600 signataires de l'industrie ont dénoncé en début de semaine l'emprise du milliardaire d'extrême droite sur le septième art en France.

La réponse ne s'est pas faite attendre longtemps.

L'homme de confiance de Vincent Bolloré à la tête de Canal+, Maxime Saada, vient d'annoncer qu’en représailles, Canal + ne travaillerait plus avec les signataires de cette tribune.

Ce faisant, il confirme exactement le propos de la tribune en question, à savoir que Canal+ menace la liberté d'expression de toutes les personnes qui travaillent de près ou de loin avec le groupe.

Or, Canal+ est le principal financeurs du cinéma français, et je ne parle même pas des séries et des documentaires.

Une grande partie de la filière est donc désormais dépendante de l'argent de Vincent Bolloré, et Canal+ utilise d'ailleurs systématiquement cette position de force pour imposer ses conditions, par exemple sur la chronologie des médias.

Cette situation est dangereuse, car l'idéologie de Vincent Bolloré pourrait menacer aussi directement la liberté de création, quand il le décidera.

Et ce d’autant plus qu’il a annoncé en 2025 racheter 34% d’UGC, avant une prise de contrôle totale programmée pour 2028. Si rien n'est fait, il fera bientôt l'acquisition des énormes multiplexes du groupe. Avec une grave conséquence : il contrôlera ainsi l'ensemble de la chaîne économique du cinéma français, du financement (via StudioCanal par exemple) à la diffusion.

Vous réalisez la menace que cela fait peser sur la diversité des œuvres produites et diffusées ?

Souvenez-vous qu'à l'été 2024, l'artiste Zaho de Sagazan avait été déprogrammée des radios qu'il contrôle, parce qu'elle avait osé critiquer Cyril Hanouna.

Demain, cette terreur qu'il fait déjà régner insidieusement dans le cinéma français, en décourageant les prises de position comme celles exprimées dans la tribune, pourrait devenir la norme.

Je ne le souhaite pas, et je salue le courage des professionnel·les du secteur qui ont osé prendre position à Cannes, où lors des projections, le logo de Canal+ n'a pas eu droit aux mêmes applaudissements que les autres financeurs au générique. Il a même parfois été hué. À juste titre.

De retour de Cannes, où j'ai rencontré beaucoup de travailleurs·euses du cinéma français, qu’ils ou elles soient acteur·rices, auteur·ices, réalisateur·rices, producteur·rices ou même professionnel·les des festivals de cinéma (bravo au collectif « Sous les écrans la dèche », qui combat la précarité qui règne dans le milieu), je veux, à toutes et tous redire mon soutien face à cette situation.

Et face à l'extrême droite, qui dans la lignée du rapport Alloncle, veut supprimer le CNC et privatiser l'audiovisuel public, c'est l'ensemble du cinéma français qui affronte une menace existentielle. Et ses piliers ont raison de le dénoncer.

À cette menace précise s’en ajoutent d’autres, tout aussi représentatives de l’offensive réactionnaire en cours. Par exemple les pressions à la programmation (« documentaire » Sacré Cœur) ou à la déprogrammation (visant notamment des œuvres liées à Gaza et aux questions LGBTQIA+), face auxquelles les gérant·es de salles indépendantes se retrouvent trop souvent ciblé·es personnellement et dans une grande solitude.

Oui, l’offensive réactionnaire est réelle et je dirai même qu’elle est antipatriotique.

Quand le CNC a été créé, il s’agissait de culture mais aussi de souveraineté. Ce modèle fonctionne et est copié. Il est l’un des traits de la grandeur de notre pays et de son rayonnement dans le monde entier. Il est une fierté et une singularité française, ce pays recordman de la fréquentation des salles de cinéma.

Face aux mensonges de l’extrême droite, il faut rappeler une chose simple : les films français ne sont pas financés par nos impôts comme certains aiment le faire croire.

Ils le sont par une taxe prélevée par le CNC sur les entrées, et un système redistributif vertueux, une exception culturelle que toute l’Europe et le monde nous envient et qui fait par exemple que les blockbusters américains financent indirectement le cinéma indépendant français.

Cette diversité de production fait de la France le premier marché européen pour le cinéma (181,5 millions d'entrées en 2024, dont 44,8 % pour les films français).

C'est aussi cela que nous devons préserver, n'en déplaise à Vincent Bolloré.

Et face à lui, la lâcheté voire la complicité du pouvoir en place doivent cesser.

Cette semaine à Cannes, j’ai beaucoup entendu qu’à gauche, le sujet de la culture, après avoir été quasiment invisibilisé de la campagne de 2022, n’était plus porté politiquement.

Avec les Écologistes, nous n’avons jamais cessé de le travailler.

Et nous comptons bien nous faire entendre dans les mois à venir pour le défendre.

Bref : rendez-vous au Festival d’Avignon 🌻

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