En Iran, l’escalade impérialiste nous mène au bord du gouffre
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une série de frappes massives contre des cibles militaires, nucléaires et politiques en Iran.
Le guide suprême Ali Khamenei a été tué ainsi que des dizaines d’autres hauts dirigeants de la République islamique. Des installations liées au programme nucléaire ont également été bombardées.
Si aucun démocrate ne peut défendre un régime théocratique sanguinaire qui a réprimé les manifestations civiles sans aucune pitié, nous devons nous inquiéter de cette intervention car en plus de sortir de tout cadre de droit, elle n'affiche aucun objectif stratégique crédible.
Vingt-cinq ans d’interventions militaires en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Somalie ou au Sahel auraient dû nous permettre de tirer les leçons de telles aventures, qui mènent le plus souvent qu’au chaos.
Les Écologistes l’ont dit dès les premières heures du conflit : nous condamnons toutes les violations du droit international, d’où qu’elles viennent.
Oui, le programme nucléaire iranien est illégal et le financement de proxys comme de mouvements terroristes tels que le Hezbollah ou le Hamas doivent être constamment rappelés et dénoncés. Oui, le régime réprime sa population dans le sang depuis 1979. Oui, le régime pratique la diplomatie des otages en s'en prenant à des innocents. À ce titre, j’ai une pensée particulière pour Cécile Kohler et Jacques Paris, toujours assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran. Oui, les dirigeants iraniens appelle à la destruction d'Israël. Oui, le régime de Téhéran porte la responsabilité de la mort de milliers d'Irakiens, de Syriens, de Libanais et de Yéménites.
Mais cette intervention militaire sans mandat des Nations unies constitue elle aussi une violation grave de ce même droit international et pourrait entraîner le chaos au Moyen-Orient. La logique mortifère de Washington, Tel-Aviv et Téhéran signe l'échec de notre cadre juridique international. La France, les Européens et leurs partenaires dans le reste du monde doivent travailler à un renforcement du droit international et de notre gouvernance multilatérale. Les mécanismes de règlement de nos différends sont durablement bloqués. L’impérialisme crée un monde à deux vitesses : un monde où certains États s’arrogent le droit de frapper quand ils le décident, et où le droit international devient une variable d’ajustement.
En outre, les premières victimes sont toujours les civils. Le bombardement d’une école à Minab (Iran) a tué des dizaines d’enfants. L’UNESCO et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU ont appelé à une enquête internationale sur ce qui pourrait constituer une grave violation du droit humanitaire.
Ces bombardements se transforment déjà en conflit régional. Israël menace d’une invasion terrestre au Liban, un pays qui subit la guerre et la violence depuis 1975. L’Iran a répliqué par des frappes contre plusieurs pays du Golfe, cherchant à embraser la région. Une base militaire française à Abu Dhabi a été touchée, risquant d’amener la France à devoir répondre militairement. L’escalade militaire doit cesser.
Dans ce contexte, certaines voix européennes ont eu le courage de rappeler des principes essentiels. Je veux saluer la position du gouvernement espagnol et la parole forte de son Premier ministre, qui a appelé clairement au respect du droit international et à la désescalade diplomatique. C’est cette Europe-là dont nous avons besoin : une Europe qui parle pour la paix et le droit, pas pour l’alignement stratégique.
Le Président de la République a déclaré que « la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’est pas la nôtre » et qu’elle pourrait « déstabiliser durablement la région ». Sur ce point, le diagnostic est juste. Il a par ailleurs pris la mesure de la crise en actant un certain nombre de mesures pour rapatrier les ressortissants français de la région et participer à la défense de la sécurité de nos soldats.
Mais si nous voulons être crédibles, nous devons aller plus loin : la France doit porter une initiative diplomatique européenne pour exiger un cessez-le-feu, la protection des civils et la reprise des négociations sur le nucléaire iranien. La France ne peut pas être seulement spectatrice d’une guerre qui menace directement la sécurité mondiale.
Nous devons soutenir et visibiliser les forces démocratiques iraniennes, dans le pays et en Europe, pour donner voix à leurs revendications, pour les aider à se structurer dans la durée et pour construire une voie à moyen terme. Entre le fanatisme du couple Trump-Netanyahou et la dictature iranienne, les populations iraniennes sont dans une impasse. Nous devons rester solidaires des peuples opprimés et silenciés. L’écologisme a toujours été un internationalisme.
Au demeurant, je voudrais relever un enjeu qui me paraît essentiel : notre dépendance au pétrole est un problème pour notre sécurité nationale.
Depuis le début des frappes, les marchés des hydrocarbures sont sous tension. L’Iran comme plusieurs pays du Golfe sont des pays producteurs importants et le détroit d’Ormuz est une route maritime stratégique. Chaque flambée du prix du pétrole a trois conséquences directes. La première, c’est que les ménages paient la facture. En France, les dépenses de carburant représentent en moyenne 152 euros par mois. Cela peut être beaucoup plus pour certaines familles des classes moyennes. Si nous avions une politique énergétique fondée sur la sobriété et les énergies renouvelables, le budget de ces familles ne serait pas en tension. Cela amène chacun à se précipiter à la pompe à essence pour protéger son pouvoir d’achat. Voilà pourquoi l’Etat doit investir durablement dans une économie souveraine et verte.
Seconde conséquence, l’augmentation des prix du pétrole renfloue les caisses des régimes autoritaires producteurs d’hydrocarbures, à commencer par la Russie, qui finance en partie sa guerre en Ukraine grâce aux revenus énergétiques. Autrement dit : chaque crise pétrolière renforce l’internationale réactionnaire et fossile qui déstabilise le monde.
Troisième conséquence, l’ensemble de l’économie mondiale est impactée. La guerre en Iran – car il s’agit bien d’une guerre – peut relancer l’inflation et avoir des conséquences économiques terribles sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Sortir de la dépendance au pétrole n’est pas qu’une nécessité climatique, c’est aussi une nécessité géopolitique et démocratique. Comme écologistes, nous défendons une planète habitable avec un environnement sain et un régime politique démocratique. Isoler nos maisons, développer les transports publics, décarboner notre industrie, ce sont des choix qui protègent à la fois notre planète et notre sécurité.
Face à l’escalade militaire, face aux logiques impériales qui fragilisent le droit international, l’écologie politique propose une autre voie.
La voie du droit et de la diplomatie.
La voie de sobriété et de la transition énergétique.
La voie de la paix.