Il faut une loi pour interdire le mensonge en politique
Une loi pour interdire le mensonge en politique. Sous peine d’inéligibilité. Vite. Pour un débat public de qualité.
Cas d’espèce : ce monsieur s'appelle Vincent Louault.
Il est sénateur Horizons, proche d'Edouard Philippe.
Et il répond à une journaliste le prenant sur le fait, droit dans les yeux, au sujet d’un mensonge éhonté de sa part sur l’acétamipride à la tribune du Sénat : « Oui, je fais une fake news. Mais j’assume. »
À quel moment en est-on arrivés là dans le débat public français sur des sujets aussi importants, vitaux même, au sens propre du terme, que la santé publique ?
Pourquoi ne pas juste reconnaître son erreur, qui comme chacun le sait est humaine, et s’excuser ?
Non, lui savait très bien qu’il mentait. Il l’a même fait exprès. Et pris la main dans le sac, il le revendique : pour lui, la fin justifie tous les moyens.
Plus grave : il n'est malheureusement pas un cas isolé.
Partout dans le monde, la droite et l'extrême droite utilisent sciemment la désinformation pour progresser.
Parce qu'elles savent que la recette appliquée par Donald Trump "d'inonder la zone de merde" lui a permis de gagner. Deux fois.
Parce qu'elles connaissent par coeur la loi de Brandolini : il faut infiniment plus de temps pour démonter une fake news que pour la créer et la diffuser. Et c’est donc une pratique totalement immorale mais terriblement efficace.
Alors les disciples de Donald Trump l'imitent sans limites.
Au Brésil, Jair Bolsonaro a diffusé des fake news en masse pendant l'élection présidentielle de 2022.
Et ça lui a presque permis de battre Lula de justesse.
Avant de tenter un coup d'État... comme Donald Trump.
En France, les Écologistes sont très régulièrement victimes de fake news. Tout l’été j’ai entendu des politiques expliquer dans les médias que nous étions contre la climatisation. Évoquer notre responsabilité dans les incendies en Gironde sur la base d’informations non seulement fallacieuses, mais fabriquées pour nous nuire.
Combien de temps cela va-t-il encore durer ?
Aussi longtemps que nous ne nous doterons pas d’un arsenal législatif solide pour protéger la qualité du débat public.
Voilà pourquoi le Pays de Galles a déjà décidé de légiférer.
Les mensonges des politiques y sont condamnables si trois conditions sont remplies :
proférer une affirmation factuellement fausse
connaître ou ne pouvoir raisonnablement ignorer cette fausseté
avoir l'intention de tromper
C'est exactement le cadre légal solide dont nous avons besoin en France.
Je défends donc aujourd'hui le vote urgent d'une loi sur le mensonge en politique.
Parce que la liberté d'expression n'a jamais été la liberté de dire n'importe quoi et de tromper sciemment.
Une loi qui, très clairement, vous sanctionne, si vous mentez. Avec des peines graduées, allant de la rectification publique à l’inéligibilité et la possibilité de révoquer les élu·es coupables si nécessaire, comme le prévoit la législation galloise.
C’est aussi simple que cela. Mais je crois aussi que c’est absolument essentiel.
Parce qu’on ne peut pas continuer comme cela dans cette ère de post-vérité, comme si c’était une fatalité, comme si l’on pouvait amasser mensonge sur mensonge, contre-vérité sur contre-vérité, et ne jamais avoir à en payer le prix !
Précisons bien que le mensonge n’est pas l’erreur ou l’imprécision. On ne vous sanctionnera pas si, comme tant de politiques, vous n’avez aucune idée du prix d’une baguette ou d’un pain au chocolat. C’est regrettable, bien sûr, mais ce n’est pas sanctionnable (sauf dans les urnes).
On ne vous sanctionnera pas non plus si vous changez d’avis, ou si vous essayez à tout prix de faire oublier, en tant que candidat à la présidentielle, que vous avez été Premier ministre des précédents gouvernements, ou tout simplement ministre. C’est lâche, bien sûr, incohérent, évidemment. Ce n’est pas sanctionnable (sauf dans les urnes).
Alors, me direz-vous, qu’est-ce que l’on sanctionne ?
Des mensonges factuels et délibérés.
Il faut que votre propos soit factuellement faux – par exemple : « nous n’avons pas réduit le Fonds vert ».
Il faut que l’auteur de la phrase soit bien conscient de cette fausseté, ou, à tout le moins, qu’il ne puisse pas l’ignorer, et enfin qu’il ait bien eu l’intention de tromper – c’est-à-dire que ce propos serve des intérêts bien précis.
Le sujet est grave. C’est pourquoi une telle loi doit évidemment s’appuyer sur un cadre solide.
Les paroles ont un poids. Les mots ont des conséquences bien concrètes. Il est temps d’en tirer des conséquences, et de ne pas continuer à penser que l’on peut dire n’importe quoi, comme si la science n’existait pas, comme si le travail journalistique sérieux n’existait pas, comme si la réalité, au fond, n’existait pas.
Alors, évidemment, j’entends déjà l’extrême droite qui va hurler à la censure !
Mais cela n’a rien d’étonnant : leur stratégie, en France comme partout ailleurs, consiste à utiliser la liberté de dire contre le droit de savoir. Et c’est justement ce danger mortel que certains responsables politiques et le système médiatique ont globalement laissé prospérer.
Or si je crois à l’importance de la qualité de l’air que nous respirons, je crois aussi à celle des paroles que nous entendons.
La liberté de débattre, ce n’est pas celle de tromper délibérément les citoyens. Le mensonge est sanctionné lorsqu’il trompe un juge ou un consommateur.
Pourquoi devrait-il être toléré lorsqu’il vise à tromper un électeur ?
Nous ne devons plus accepter, au fond, ce que tout le monde semble trouver normal : le règne d’une sorte de loi du plus fort, de western libertaire sur les plateaux des médias ou les réseaux sociaux… et même comme ici à la tribune du Sénat.
Sanctionner les propos mensongers en politique est absolument essentiel, parce que nous savons bien qu’il existe une profonde asymétrie entre le mensonge et la vérité.
Encore une fois, la loi de Brandolini est limpide : dire n’importe quoi, au hasard que les Ecologistes sont responsables des incendies en Gironde, ne prend qu’une seconde. Démontrer que c’est n’importe quoi demande au moins une minute.
Dans une époque où l’information se propage aussi rapidement qu’en 2026, il est vital de préserver les conditions d’un débat informé, qui ne laisse plus de place pour celles et ceux qui, en France, voient dans le trumpisme et la post-vérité un modèle à imiter.
Et la bonne nouvelle, c'est que cette mesure est largement soutenue par une immense majorité de la population.
J'ai en ma possession un sondage qui montre que 88% des Français·es sont favorables à une telle loi, quelle que soit leur tendance politique.
Protégeons la vérité.
Protégeons la qualité de notre débat politico-médiatique.
Protégeons notre démocratie.
Agissons.