Depuis la rentrée, des milliers de Français se mobilisent aux côtés des lycéens pour défendre une promesse républicaine fondamentale : où que l’on vive, chacun doit pouvoir étudier, travailler et vivre dignement. Cette colère ne s’est pas éteinte. Elle vient de s’exprimer avec force ce 5 novembre.
Pendant les manifestations, un slogan m’a particulièrement marquée : « Ce n’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste ». Le débordement de la colère alors que tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Et pour cause. La France connaît une dégradation du pouvoir d’achat d’une ampleur inédite. Pour les économistes de l’Institut français d’économie, le revenu réel des ménages va encore baisser en 2026 et 2027. Ce qui veut dire que du fait de l’inflation, qui augmente plus vite que leurs revenus, ils s'appauvrissent relativement. Trois années de suite. Une rareté qui fait écho à d’autres chiffres terribles : près de 10 millions de personnes survivent sous le seuil de pauvreté. Et pendant ce temps, 23% des enfants de notre pays ne mangent pas trois repas par jour. Combien de temps les macronistes laisseront-ils les plus vulnérables encaisser pendant que les plus riches accumulent ? En 2024, les inégalités ont atteint leur plus haut niveau depuis trente ans. Avec un coefficient de Gini à 30,4, la France est désormais plus inégalitaire que la moyenne européenne. Triste bilan.
Plutôt que de prendre enfin les mesures qui s’imposent, le gouvernement, lui, choisit la posture du pompier pyromane : mépris des demandes légitimes, répression du mouvement, et préservation “quoiqu’il en coûte” d’une politique de l’offre qui nous a conduits dans le mur. Dix ans pour finir dans la détestation. Emmanuel Macron achève son pouvoir comme il l’a exercé : seul contre tous.
Climat et pouvoir d’achat, même combat
Dans ce contexte social, économique et politique critique, l’écologie est notre réponse pour réparer, apaiser et protéger.
Prenons le logement. Rénover les passoires thermiques, c’est réduire les factures de chauffage, rendre les logements plus confortables et mieux protéger les habitants face aux canicules ou aux hivers glacés. C’est de l’argent qui reste dans les poches des ménages plutôt que de partir en fumée. Nous voulons sortir un million de personnes de la précarité énergétique chaque année.
Prenons les transports. Sortir de notre dépendance au pétrole, c’est permettre à chacun de se déplacer sans voir son budget englouti par le prix du plein. Cela suppose des transports collectifs accessibles, des alternatives à la voiture partout où elles sont nécessaires et un accès facilité aux véhicules électriques. Notre objectif est clair : en cinq ans, un million de voitures électriques accessibles à tous par la création d’un parc social de véhicules sur le modèle des HLM pour le logement, et des bornes sur l’ensemble du territoire.
Prenons enfin l’alimentation. Garantir l’accès à 100 produits sains à prix coûtant, c’est agir à la fois contre la précarité alimentaire et contre un système qui pénalise les consommateurs comme les producteurs. C’est le sens d’une proposition de loi écologiste, alors que 7 millions de Français n’ont pas les moyens de se nourrir à leur faim.
Sur tous ces sujets, la même question se pose : pourquoi les ménages devraient-ils toujours payer davantage pour satisfaire des besoins fondamentaux ? L’écologie est l’une des conditions pour sortir de cette crise, parce qu’elle permet de réduire les dépenses contraintes. Elle donne un contenu concret à la solidarité : ne plus laisser chacun seul face aux factures et aux catastrophes.
L’absence d’écologie coûte un pognon de dingue
Cet été encore, les incendies, les canicules et la sécheresse ont rappelé à quel point notre pays reste mal préparé. Le gouvernement a multiplié les effets d’annonce, s’ajoutant à une longue série de promesses non tenues sur le renouvellement des Canadairs ou la création d’une base de sécurité civile.
Plusieurs mois après, les pompiers attendent toujours des moyens, les agriculteurs et les consommateurs subissent encore les sécheresses et le grand plan d’adaptation promis est aussi peu visible que la ministre qui était censée le présenter le mois dernier.
Et pourtant, l'alerte n'a jamais été donnée aussi clairement. Dix ans après l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris, dans un silence assourdissant, et à quelques jours de la COP31, dont personne ne parle, les scientifiques du Lancet Countdown lancent un cri : le changement climatique doit être déclaré comme une “urgence sanitaire mondiale”.
Car l’écologie est aussi une question de santé publique : de canicules qui tuent, d'un air qui rend malade, de maladies environnementales qui progressent. Face à cette urgence vitale, que fait le pouvoir ? Rien ou si peu, quand il n’aggrave tout simplement pas la situation avec l’adoption de lois régressives, comme la loi Duplomb ou la loi d’urgence agricole.
Cette démission est d’autant plus grave qu’elle s’accompagne d’une offensive idéologique, avec une radicalisation de toute la droite de l’échiquier politique contre la science. On se moque de Donald Trump, mais on est capables de produire les mêmes absurdités en France comme en Europe. Le règlement Omnibus qui vise à détricoter les normes environnementales européennes est un modèle du genre. On ricane des climatosceptiques américains et on vote comme eux à Bruxelles.
Surtout, l’inaction a un coût : 16 milliards d’euros pour le seul été 2026, selon une mission de l’Assemblée nationale. Dégâts matériels, récoltes perdues, infrastructures fragilisées, dépenses de santé : prévenir coûte moins cher que réparer. On parle d’inflation, à juste titre, mais personne ne dit suffisamment fort que l’écologie qui ne vient pas coûte déjà une fortune.
Oui, l’absence d’écologie coûte un pognon de dingue. Mais cette évidence échappe aux Mozart de la finance qui nous gouvernent. Ainsi, notre pays se retrouve bien démuni pour faire face à une bataille climatique qu’il n’a pas voulu mener. Au mois d’août, j’avais d’ailleurs écrit au Premier ministre une lettre sur l'écologie pour qu'on ne revive pas les catastrophes de l'été 2026. La réponse reçue près de 2 mois plus tard est une parfait illustration de l’intérêt du gouvernement pour notre sécurité climatique.
Au mois d'août, j'ai écrit au Premier ministre une lettre sur l'écologie pour qu'on ne revive pas les catastrophes de l'été 2026. Et je ne m'attendais pas à cette réponse. https://t.co/xwQIJc3iyv
— Marine Tondelier (@marinetondelier) October 22, 2026
En finir avec les privilèges climatiques
Nous avions appelé à faire de cet été celui de la bascule. Au-delà des investissements massifs, il s’agit de faire contribuer ceux qui profitent le plus d’un modèle qui nous conduit dans le mur. Quand les prix de l’énergie flambent, les ménages subissent mais les géants des hydrocarbures engrangent des bénéfices considérables.
Alors que le prix moyen du gazole était à 2,35€ par litre (contre 1,65 € sur l'ensemble de l'année 2025), TotalEnergies a annoncé des profits records pour le troisième trimestre 2026 : 8,3 milliards de dollars, contre 3,7 milliards l’an passé. Son PDG le dit lui-même : il préfère « un monde de bouleversements à un monde paisible » en ajoutant de manière ouvertement cynique « Il y a davantage d’opportunités” .
Et bien pas nous ! Cette déclaration est assurément choquante. Et pourtant, de la Macronie au RN, en passant par LR, tout le monde refuse de s’attaquer aux superprofits. C’est le monde à l’envers ! On demande des efforts à ceux qui peinent à remplir leur frigo, mais on hésite à faire contribuer les profiteurs de crise.
Alors que la rémunération des actionnaires du CAC 40 a de nouveau battu un record en 2025, la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises sera reconduite… mais réduite. Elle ne devrait ainsi rapporter que 5 milliards d’euros, soit 2 milliards de moins qu’en 2026.
Et comme l’année dernière, la seule participation des ultrariches à ce budget d’austérité se fera via la contribution différentielle sur les hauts revenus, créée en 2025, et qui ne devrait rapporter que 600 millions d’euros en 2027. 600 millions. C’est une aumône quand Total en gagne 8 milliards en trois mois.
L’apaisement du pays passera par une justice retrouvée, et notamment par une refonte du pacte fiscal. Nous voulons rétablir une véritable fiscalité sur les grandes fortunes, avec une taxe de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, et rétablir l’ISF en y intégrant une composante climatique pour orienter les investissements vers la transition écologique. Nous voulons également mettre fin aux stratégies d’évitement fiscal, faire davantage contribuer les grandes entreprises et instaurer une taxe exceptionnelle sur les superprofits de l’industrie pétrogazière et du commerce maritime. C’est le sens du pacte fiscal vert que nous proposons pour 2027-2032 : faire contribuer davantage ceux qui ont le plus et donner enfin à la puissance publique les moyens de protéger le plus grand nombre.
Abolir les privilèges climatiques, investir dans la transition, protéger les ménages : c’est une même exigence de justice. Face à la crise sociale comme face à l’urgence climatique, il nous faut construire une société qui protège. L’écologie est la réponse politique dont nous avons besoin aujourd’hui pour que chacun puisse vivre dignement et envisager l’avenir sereinement.