Reprise de campagne !

Ce soir, je reprends la campagne présidentielle après quasiment 4 semaines de pause maternité.

Et comme c'est bien connu, les femmes ne font jamais les choses comme il faudrait, je voudrais faire une mise au point avant…

 

Depuis la naissance de mon fils, j’ai reçu de très nombreux messages.

La plupart chaleureux, humains, bienveillants, et je vous en remercie.

Je n’ai pas encore répondu à grand monde, et je n’ai toujours pas réinstallé WhatsApp… mais j’ai prévu de le faire, promis.

Quand je trouverai le temps !

 

Mais comme beaucoup de mamans d’un nouveau-né, j’ai aussi le droit – et peut être encore plus en tant que femme politique – à des jugements sur ce que je devrais faire ou pas.

Le tout empli de beaucoup d’injonctions contradictoires, évidemment…

Certains messages partent même parfois d'une bonne intention mais n’en demeurent pas moins violents.

Je ne suis ni la première, ni la dernière à vivre cela. Mais si ce message peut faire avancer les choses, alors allons-y, ce sera toujours ça de pris pour toutes les suivantes !

 

J’aimerais d’abord qu'on n’oublie pas que chaque femme fait comme elle peut, comme elle veut, et surtout comme elle le sent.

Sans avoir à obéir à une règle générale.

Nous inventons toutes notre propre chemin.

 

Et ce chemin dépend de choses très personnelles et aussi de choses qui nous échappent.

De précédentes expériences de maternité, la manière dont se passe un accouchement, la rencontre avec le bébé, sa santé, la vôtre, comment on se sent chacun et ensemble, l’accompagnement dont on bénéficie ou pas, le contexte de l’arrivée de ce bébé, etc.

Même s'il peut sembler incroyable de devoir se justifier sur ce sujet, force est de constater que c'est malheureusement encore nécessaire en 2026…

 

Juste avant d’accoucher, Benjamin Duhamel, dans les derniers instants d’une matinale mouvementée sur France Inter, m’a demandé quand je reviendrais.

Prise de court par les quelques secondes qu’il me restait avant la fin de l’interview, j’ai répondu sans pouvoir développer : "je ne reviendrai pas dans 5 jours en talons aiguilles" et ça a été interprété à tort comme une attaque personnelle envers Rachida Dati.

Ce n'était pas mon intention. J’ai bien d’autres sujets sur lesquels le faire…

J'aurais aussi pu dire "je ne recevrai pas Paris Match dans ma chambre de maternité" et ça n'aurait pas été davantage une critique envers Ségolène Royal.

Juste un choix différent. Parce que toutes les femmes sont différentes et ne souhaitent pas forcément / ne se sentent pas capables des mêmes choses.

 

Ce qu’elles ont fait, je n’en avais pas envie et je n'aurais pas su le faire je pense (même en dehors des lendemains d’accouchement, vous me croiserez d’ailleurs rarement en talons aiguilles).

Si j’avais eu quelques instants en plus ce matin-là sur France Inter, j’aurais pu préciser ça. Je ne les avais pas. Donc je le fais ici : lâchez la grappe aux femmes, arrêtez de les juger toujours aussi sévèrement.

 

Et petit message aux femmes : ne vous laissez pas miner par les conseils plus ou moins bienveillants (et rarement sollicités) / les critiques.

 

Une femme sur trois est en situation de souffrance psychique deux mois après son accouchement.

Toutes ces remarques qui font que l’on a toujours l'impression de mal faire n’y sont pas pour rien, à mon avis.

 

Dans mon cas précis je le sais bien : si j’arrêtais la campagne pour raison de maternité je serais critiquée par certains.

Puisque je la poursuis, je serai critiquée par d’autres.

Si je restais enfermée chez moi en tête à tête avec un bébé on me dirait que ce n'est pas bon pour ma santé physique et psychique.

Si je sors, cela me sera aussi reproché.

Si j'allaite, on me reprochera de le faire pas assez comme ci ou comme ça.

Mais si je ne le faisais pas, j’aurais aussi droit à un procès en place publique parce que je prive mon enfant de lait maternel au profit de ma vie politique.

 

Alors je suis comme tous les parents qui me liront : je fais au mieux.

Je trace ma route de candidate et de maman. En ayant la chance d'être bien entourée, et en ayant appris depuis longtemps à prendre du recul sur les commentaires des réseaux sociaux.

J’ai la chance d’être bien suivie médicalement et mon bébé aussi. J’ai la chance d’aller bien et mon bébé aussi.

Je n’étais pas censée être à la marche climat à laquelle j’ai participé à Arras le 26 septembre, tout simplement parce que c’était initialement le jour où je devais accoucher.

La veille, j’ai eu envie d’y aller.

Parce que j’ai senti que ça nous ferait du bien d’aller y faire un tour.

C’était à 20 minutes de chez moi, dans un cadre pacifique, avec une douce météo d’arrière-saison, un volume sonore très faible.

Et entourée de militant·es que je connais bien depuis 15 ans grâce aux manifestations sur ce sujet dans le coin.

Campagne présidentielle ou pas, j’y serais allée comme militante.

 

La seule marche climat que j’ai ratée, c’est la première grosse manif de décembre 2018 : il se trouve que cette fois-là, j’étais déjà à la maternité après la naissance de mon premier fils.

Je n’avais pas non plus prévu les manifestations lycéennes.

Quand j’ai appris qu’un jeune de 15 ans avait perdu sa main suite à un tir de grenade à Lens, à 10 minutes de chez moi, dans la ville ou j’ai moi-même été lycéenne à l’époque, je ne me voyais pas rester chez moi comme si de rien n’était.

J’ai tiré mon lait, et je me suis organisée pour aller à la rencontre des jeunes, de leurs parents, de leurs professeur·es, dans les villes proches de chez moi : Lille, Douai, Arras, Lens.

Ça m'a paru important.

 

Ce n’était pas une reprise de campagne à proprement parler avec tout ce que cela implique de stress et d'organisation.

Ça, ça commence ce soir.

Et ça se fera au fur et à mesure, au rythme que j’arriverai à tenir.

Comme le font plein de femmes qui comme moi ne sont pas salariées. Beaucoup de commerçantes, d’artisanes, de femmes professions libérales m’ont d'ailleurs écrit à ce sujet : toutes les femmes ne sont pas forcément en mesure de bénéficier des mêmes conditions de congé maternité.

 

Je ne dis pas du tout que c’est un modèle à suivre pour autant. C’est tout le système qu’il faut changer pour permettre une égalité réelle entre toutes les femmes.

En attendant, j’ai décidé pour ma part de faire avec et d’en parler.

Sans prétendre être un modèle.

Mais en assumant d’en profiter pour parler de la maternité, de la santé reproductive et sexuelle et du post-partum, dont on parle si peu en politique.

Sûrement parce qu’il y a peu de femmes cheffes de parti en France. Sûrement parce qu’il y a peu de femmes candidates à la présidentielle.

Et chaque jour, je comprends un peu plus pourquoi ;)

 

Je vais donc reprendre la campagne ce soir et dans les jours qui viennent.

Je porterai des mesures pour un congé parental mieux rémunéré et suffisamment long pour les deux parents. Afin encore une fois que toutes les femmes puissent avoir le CHOIX.

Je m’adapterai en permanence – avec mon conjoint que je remercie d’être aussi présent à mes côtés – aux besoins de mon bébé qui restera ma priorité, comme je l’ai toujours dit.

Et j’espère que la France avancera vite sur le chemin qu'il reste à parcourir pour que l'on arrête les jugements et les injonctions envers les femmes.

 

Tout en précisant que ces remarques viennent d’ailleurs autant des hommes que des femmes.

 

Courage à toutes. Pour tout ce que la maternité et le post-partum supposent – dont les commentaires incessants ne représentent qu’une toute petite partie des joyeusetés.

 

Comme dirait Marine Leonardi « vous n’êtes pas seules » ;)

Je rêve d'un monde où les femmes pourront faire ce qu'elles veulent, et où les gens arrêteront de se sentir autorisés à émettre des jugements sur elles.

Puissent nos enfants le connaître.

 

En attendant, c’est la reprise, sur BFM.

Avec mon déficit de sommeil et mes kilos de grossesse bien installés. Mais avec aussi beaucoup de détermination !

Suivant
Suivant

Il faut une loi pour interdire le mensonge en politique